Photo : Jean Briand

Les pluies du 19 et du 20 juillet 1996 sont caractéristiques d'une crue de « piémont », c'est-à-dire d'une quantité d'eau qui tombe dans un fossé plutôt que sur une plaine. Le fossé, c'est le lac/réservoir Kénogami. Le centre des précipitations est tombé en plein cœur d'un bassin versant de dimension restreinte et au relief accidenté, ce qui a favorisé l'effet d'entonnoir, puisque l'eau s'est engouffrée rapidement vers les portes de sortie, le lac/réservoir Kénogami. Ce lac/réservoir n'était pas en mesure de recevoir cette gigantesque lame d'eau. De plus, tout comme les sols, il était déjà saturé d'eau au moment de la crue. Chaque pouce d'eau qui tombait (une douzaine en tout) ruisselait directement dans le lac/réservoir Kénogami et augmentait son niveau de cinq pieds, en moyenne.














































Le Quartier du bassinPhoto : Richard Girouard Les inondations qui ont eu lieu au Saguenay en juillet 1996 sont le résultat de facteurs naturels comme les conditions météorologiques, le type de sol, le relief, l'hydrographie ainsi que l'occupation du territoire par l'être humain.

Le Quartier du bassin
Photo : Journal EL COMERCIO Lima, Pérou


Le jeudi 18 juillet 1996, une gigantesque dépression cyclonique commence à se former au-dessus du centre du continent nord-américain. Le 20 juillet 1996, cette importante tempête tropicale couvre en grande partie l'Est de l'Amérique du Nord. En raison de conditions favorables, cet énorme système nuageux stagne au-dessus de la réserve faunique des Laurentides.
La virgule
Cette image a été captée le 20 juillet 1996 à 14 heures (heure locale de l'Amérique du Nord). Elle représente une photographie de la tempête tropicale à partir d'un satellite situé à 800 kilomètres d'altitude. Le territoire couvert par l'image a une superficie d'environ 4 000 kilomètres du nord au sud et de 2 400 kilomètres d'ouest en est.




Source : Laboratoire de télédétection,
Université du Québec à Chicoutimi

Les 19 et 20 juillet 1996, une masse nuageuse s'est arrêtée au-dessus de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean. Cet événement météorologique a laissé entre 170 et 200 millimètres d'eau en 36 heures et 250 millimètres en 48 heures, ce qui équivaut à la quantité de pluie qui tombe généralement en un mois sur ce territoire. Si ces précipitations étaient tombées en hiver, le Saguenay—Lac-Saint-Jean aurait reçu trois mètres de neige!


La région du Saguenay—Lac-Saint-Jean repose sur le Bouclier canadien, un sous-sol composé principalement de granite. Ces roches sont très peu poreuses et l'eau de pluie peut difficilement s'y infiltrer, sauf dans les fissures.

Par ailleurs, au moment où les pluies diluviennes se sont abattues sur la région du Saguenay, les sols étaient déjà gorgés d'eau. En effet, entre le 1er et le 17 juillet 1996, ce territoire avait déjà reçu 120,5 millimètres d'eau, ce qui équivalait à la quantité de pluie qui tombe généralement durant tout le mois de juillet.

La forêt du Saguenay—Lac-Saint-Jean est principalement composée de conifères. C'est la forêt boréale. Les arbres de la forêt boréale interceptent, en moyenne, 17 % de l'eau de pluie. Le reste ruisselle à la surface du sol (11%) ou s'infiltre dans le sol (72%). La végétation de la forêt boréale retourne donc 62 % de l'eau de pluie vers l'atmosphère. Le reste (38%) s'écoule progressivement vers la rivière Saguenay, ce qui représente un volume d'eau très important. Les 19 et 20 juillet, les sols étaient déjà saturés. L'eau de pluie qui s'est ajoutée durant ces deux jours glissait tout simplement sur la surface du sol. Ce facteur est l'un de ceux qui ont causé le débordement de plusieurs cours d'eau.



La topographie accidentée du massif montagneux des Laurentides a favorisé les pluies torrentielles. C'est que le relief de la réserve faunique des Laurentides pousse les nuages vers le sommet des montagnes. Ceci a comme effet d'augmenter la condensation dans l'air plus froid, donc les précipitations. Ce phénomène, appelé « orographie », a donc amené plus de pluie en amont qu'en aval des rivières, ce qui a fait que toute l'eau a dévalé dans les bassins récepteurs situés plus bas, vers le Nord.



Les données de précipitations de juillet 1996 démontrent bien l'effet du relief des Laurentides sur les précipitations. La station météorologique de Rivière-aux-Écorces, située à 1 000 mètres d'altitude en amont du massif montagneux, a enregistré 262 millimètres de pluie sur une période de 50 heures. La station météorologique de Bagotville, située à 200 mètres d'altitude en aval des sommets, a reçu 170 millimètres de pluie pendant la même période. L'effet « relief », que l'on appelle aussi « l'orographie », a donc résulté d'une différence de 92 millimètres d'eau entre les deux endroits. Le massif des Laurentides est l'un des endroits où il pleut le plus au Québec et où l'on rencontre les plus fortes précipitations dans un court laps de temps.


Source : Rapport Nicolet


La façon dont l'être humain occupe le territoire au Saguenay—Lac-Saint-Jean a eu un lien direct avec les conséquences des inondations de juillet 1996.

Dans l'histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean, les populations humaines se sont établies en bordure des cours d'eau, les seules voies de communication à cette époque. Les crues naturelles du printemps et de l'automne faisaient partie de leur vie.

Carte des barragesPlus tard, digues et barrages ont été construits sur certains lacs et certaines rivières, créant ainsi des lacs/réservoirs comme ceux de Ha! Ha! et de Kénogami. Malgré la présence de ces ouvrages de retenue, les populations humaines, déjà installées, sont demeurées sur place, croyant même que les digues et les barrages les protégeaient. Les rives des cours d'eau ont continué d'être habitées et certaines personnes ont même construit leur résidence sur des terrains inondables et vulnérables aux glissements de terrain.

La population du quartier du Bassin, dans l'arrondissement Chicoutimi, se croyait en toute sécurité, installée au pied du barrage. Mais, en juillet 1996, Dame Nature lui a démontré la vulnérabilité de cet emplacement.

En plus d'aménager les principaux cours d'eau des bassins hydrographiques pour exploiter eau et bois, l'urbanisation a continué de prendre de l'expansion et à modifier les lits naturels des rivières. Pour des raisons de développement, les rivières ont été remplies, déviées, contournées, détournées et canalisées.

Malgré toutes ces modifications aux cours d'eau, les gens sont demeurés sur place, transformant même leur chalet en résidence permanente. À l'été 1996, les riverains du lac/réservoir Kénogami se sont souvenus que ce vaste plan d'eau n'est pas un lac naturel, mais bel et bien un réservoir créé de toutes pièces par les activités de l'être humain.

La conséquence de tout ceci : une fois de plus, Dame Nature s'est déchaînée et les rivières ont retrouvé la mémoire; elles ont repris leur ancien lit.
Dans l'arrondissement de La Baie, la rivière Ha! Ha! s'est considérablement élargie. Elle a repris son ancien lit naturel.