Qu'est-ce qui s'est passé?
Les inondations qui se sont produites au Saguenay les 19, 20 et 21 juillet 1996 sont le résultat de facteurs naturels, comme les conditions météorologiques, le type de sol, le relief, l’hydrographie ainsi que l’occupation du territoire par l’être humain.
Voici ce qui s’est passé et pourquoi.
En raison de conditions
favorables, une épaisse spirale de nuages stagne au-dessus de la réserve
faunique des Laurentides, laissant entre 170 et 200 millimètres
d’eau en 36 heures et 250 millimètres en 48 heures, ce
qui équivaut à la quantité de pluie qui s’abat généralement en un mois sur
ce territoire. Si ces précipitations étaient
tombées durant l’hiver, le Saguenay–Lac-Saint-Jean aurait reçu trois mètres de
neige!

La bande nuageuse de la tempête tropicale est distinguable à sa forme en virgule.
© Laboratoire d’expertise et de recherche en géographie appliquée (UQAC)
Un système météorologique stationnaire
Des montagnes qui font pleuvoir
Le relief très montagneux de la réserve faunique des Laurentides a amplifié la formation de pluies. Quand les nuages arrivent dans cette région, les montagnes les forcent à monter. En montant, l’air se refroidit, et l’eau contenue dans les nuages se condense et se transforme donc plus facilement en pluie. Toute cette eau a dévalé vers le nord, dans les vallées et les rivières situées plus bas.
C'est comme si les montagnes avaient « compressé » les nuages... et qu'ils avaient vidé leurs seaux d'un coup!

En raison de sa topographie accidentée, le massif des Laurentides est l’un des endroits où il pleut le plus au Québec. Il s’y produit souvent de fortes précipitations en un court laps de temps.
Parc national de la Jacques-Cartier, Sépaq.
Des sols déjà gorgés d’eau
Au moment où les pluies diluviennes se sont abattues sur la région du Saguenay, les sols étaient déjà saturés d’eau. En effet, entre le 1er et le 17 juillet 1996, ce territoire a reçu 120,5 millimètres d’eau, ce qui équivaut à la quantité de pluie qui tombe généralement durant tout le mois de juillet.
La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean repose sur le Bouclier canadien, un sol composé principalement de granite. Cette roche ignée étant très peu poreuse, l’eau de pluie peut difficilement s’y infiltrer, sauf à travers les fissures.
Beaucoup trop d’eau au même endroit
Les pluies du 19 et du 20 juillet 1996 sont tombées au mauvais endroit.
Au lieu de se répartir sur un vaste territoire, toute cette eau est tombée dans une sorte de long couloir ou fossé allongé, qui correspond au réservoir Kénogami et à son bassin versant. Comme cette zone est étroite, une énorme quantité d’eau s’y est concentrée d’un seul coup. Le réservoir Kénogami, déjà plein à craquer avant l’orage, n’a pas été en mesure d’absorber toute cette eau supplémentaire. Résultat : il a débordé, un peu comme un verre trop rempli que l’on continue de remplir.
La quantité de pluie tombée dans le bassin versant du lac-réservoir Kénogami correspond au volume de liquide contenu dans 11 600 000 camions-citernes de 50 mètres cubes. Le lac a donc reçu dix mètres d’eau, qu’il a dû ensuite évacuer. En tout, six rivières qui se déversent dans le Saguenay ont quitté leur lit.
Conséquemment...
Par mesure de prudence et par crainte d’une fissure ou d’une rupture du barrage du lac Kénogami, Hydro‑Québec procède à l’ouverture complète des vannes. L’augmentation soudaine du débit transforme profondément le cours de la rivière Chicoutimi, dont le lit modifié entraîne l’inondation des terres avoisinantes. De nombreuses exploitations agricoles, habitations et chalets sont alors submergés ou littéralement emportés par les eaux. La rivière déborde également en contournant le barrage de la Chute‑Garneau, ce qui provoque l’inondation du quartier du Bassin, où plusieurs résidences et commerces sont détruits.
Dans le même temps, la digue de terre du lac Ha! Ha! cède, ce qui vide presque complètement le lac en moins de 18 heures. Par ricochet, le débit de la rivière Ha! Ha! augmente de façon spectaculaire, la faisant sortir de son lit et ravageant du même coup plusieurs routes. Les municipalités du Bas‑Saguenay, de même que celle de Ferland‑et‑Boilleau, se retrouvent littéralement coupées du reste du monde.
À La Baie, l’élargissement du lit de la rivière à Mars cause des dommages majeurs à de nombreuses maisons, infrastructures routières et ponts. Le réseau ferroviaire de la compagnie Alcan est également touché. Dans le secteur de Grande‑Baie, l’érosion intense des sections abruptes de la rivière Ha! Ha! laisse des traces irréversibles sur le paysage urbain et naturel.
À Jonquière, la rivière aux Sables subit des transformations similaires. Plusieurs bâtiments du centre‑ville s’effondrent, tandis qu’au moins trois ponts et deux barrages sont détruits.
Devant l’ampleur des dégâts, l’état d’urgence est
rapidement décrété. Les communications téléphoniques sont interrompues, l’accès
à l’eau potable devient problématique
et de nombreuses pannes d’électricité sont signalées. Les opérations
d’évacuation concernent près de 16 000 personnes.
La tragédie fait deux victimes dans le secteur de Grande‑Baie. Au total,
environ 55 fermes et commerces subissent des dommages importants, tandis
que près de 1 110 maisons,
commerces et logements sont rayés de la carte.
L’homeau sapiens
La façon dont l’être humain occupe le territoire a eu un lien direct avec les conséquences des inondations de juillet 1996.
Dans l’histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean, les populations humaines se sont établies en bordure des cours d’eau, les seules voies de communication à cette époque. Plus tard, digues et barrages ont été construits sur certains lacs et certaines rivières, créant ainsi des lacs-réservoirs, comme ceux de Kénogami et de Ha! Ha!. Les rives ont continué d’être habitées et, aujourd’hui, elles sont toujours aussi prisées, même si les risques d’inondation sont mieux connus.
En plus de harnacher les principaux cours d’eau des bassins hydrographiques pour exploiter eau et bois, l’urbanisation a continué son expansion et a modifié les lits naturels des rivières. Pour des raisons de développement, certaines d’entre elles ont été remplies, déviées, contournées, détournées et canalisées.
La Baie, secteur de Grande-Baie, avant le déluge.
© Collection du Musée du Fjord
La Baie, secteur de Grande-Baie, pendant le déluge.
© Collection du Musée du Fjord
Ancien et nouveau lit de la rivière Ha! Ha! à La Baie
Dans le secteur de La Baie, la rivière Ha! Ha! s’est considérablement élargie. Elle a repris son ancien lit naturel.



















