Impacts environnementaux
Des milieux aquatiques qui s’en tirent bien malgré tout...
En plus d’occasionner des dommages matériels considérables, cet événement dévastateur a entraîné des répercussions négatives sur le milieu marin et les habitats d’eau douce. Mais l’impact environnemental aurait pu être bien pire…
Pollution diluée = problèmes évités
Durant les inondations, les eaux ont transporté d’innombrables débris de toutes sortes, mais aussi des produits chimiques, dont certains étaient probablement toxiques. Mais les débits d’eau étaient tellement importants que ces polluants ont été complètement dilués dans le milieu. Deux mois après les inondations, des scientifiques en océanographie ont sondé la rivière Saguenay et n’ont pas trouvé la moindre trace de polluants.
Cette sculpture emportée par le déluge de 1996 a été retrouvée par madame Renée Déraspe à Fatima, aux Îles-de-la-Madeleine. Heureusement, une inscription au dos nommait Vincent Mercure comme sculpteur et La Baie comme lieu d’origine. Ainsi, après avoir vogué sur les eaux du fjord et du fleuve, la sculpture du Baieriverain a pu rentrer chez elle au mois de novembre de la même année. La famille de ce dernier trouvait important de donner l’œuvre au Musée du Fjord afin que l’héritage de leur père et l’histoire de ce voyage hors du commun perdurent.
Sculpture sur bois, Vincent Mercure (1923-1982)
1979, Don de Lyne Mercure
Collection du Musée du Fjord
Des rivières nettoyées par les crues
Les inondations de juillet 1996 ont eu des effets bénéfiques sur plusieurs cours d’eau. Certaines rivières avaient même besoin d’être purgées.

Pendant plus d’un siècle, la plupart des rivières du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont servi au flottage du bois, la drave. La rivière aux Sables, à Jonquière, en faisait partie. Durant toutes ces années, des quantités astronomiques de billes de bois et d’écorce se sont accumulées au fond de cette rivière, ce qui causait une certaine pollution. Lors des inondations, le débit de la rivière aux Sables était quinze fois plus élevé qu’en temps normal. Grâce à cette force de l’eau, le fond de la rivière aux Sables a été complètement nettoyé, et le bois qui jonchait le fond s’est subitement retrouvé sur les berges. Ce sont donc plus de 5 000 cordes de bois qui ont été récupérées, sans compter les 5000 voyages de camions remplis d’écorce.
De nouveaux sédiments… qui enfouissent les anciens pollués
En temps normal, il se dépose sur les fonds de la baie des Ha! Ha! environ trois millimètres de sédiments par année. En juillet 1996, en quelques jours, il s’en est déposé de 10 à 40 centimètres, selon les endroits, soit l’équivalent de 75 à 150 années de sédimentation! Au total, ce sont plus de 9 000 000 de tonnes de sédiments qui ont été charriés lors des inondations. Cela représente cent ans de sédimentation en quelques jours!

L’effet positif de ces sédiments est qu’ils se sont déposés sur d’autres vieux sédiments contaminés et accumulés durant les décennies 50, 60 et 70 en raison des alumineries et des papetières. Quelques années plus tard, soit 2002, des études ont conclu que la nouvelle couche de sédiments est stable et joue toujours son rôle de barrière physique et géochimique.

Les invertébrés enterrés se réinstallent
Les tonnes de sédiments déposés au fond de la baie des Ha! Ha! et de la rivière Saguenay ont rapidement enseveli le benthos, un ensemble d’organismes vivant dans les fonds marins et servant de nourriture à certaines espèces de poissons. Heureusement, l’ensevelissement a été de courte durée, puisque le benthos possède une bonne capacité de recolonisation. Les organismes qui le composent ont donc remonté rapidement à la surface des sédiments.

Des études menées sur plusieurs années ont démontré une recolonisation des sédiments par les annélides polychètes.
Concernant les autres espèces vivant dans les fonds marins, comme le crabe des neiges et la crevette nordique, elles ont évité l’ensevelissement en raison de leur grande mobilité.


Les poissons en première ligne
La crue exceptionnelle de la rivière à Mars a durement touché les populations de jeunes poissons. Les forts courants ont emporté de nombreux saumoneaux, tandis que les sédiments ont enseveli les larves d’insectes, réduisant une importante source de nourriture. Ils ont aussi ensablé les frayères, compromettant le développement des œufs. Aujourd’hui, la rivière a retrouvé ses fosses grâce à divers travaux d’aménagement. Les inondations ont détruit la passe migratoire, mais cette dernière a été reconstruite depuis. L’érosion des berges a entraîné la perte d’une végétation essentielle à l’habitat des poissons. La rupture d’une digue du réservoir Ha! Ha! a presque entièrement vidé les lacs, provoquant une forte baisse de plusieurs espèces et de leurs ressources alimentaires.


Les inondations ont également détruit la passe migratoire à saumons. Elle a été reconstruite au coût de 1 390 000 dollars.
Les forts débits des cours d’eau ont provoqué l’érosion des berges, c’est-à-dire la disparition d’arbres et d’arbustes en bordure des rivières. Cette végétation fait partie de l’habitat des poissons, puisqu’elle sert de refuge, d’ombrage et de nourriture.
Sous la force des eaux, une digue située sur le réservoir Ha! Ha! a complètement cédé. Toute l’eau du lac a dévalé vers la rivière Saguenay en empruntant la rivière Ha! Ha!. Ce sont 15 000 000 de mètres cubes d’eau des 23 000 000 mètres cubes du réservoir Ha! Ha! qui ont passé dans la rivière. Résultat : les grand et petit lacs Ha! Ha! se sont presque complètement vidés.

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