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Impacts sociaux et environnementaux

L’humain derrière la tragédie

Le déluge de 1996 a profondément bouleversé la vie des citoyens de la région. En quelques heures, des quartiers entiers ont été inondés, des routes se sont effondrées et des centaines de familles ont dû être évacuées en urgence. Au‑delà des dégâts matériels considérables, ces événements ont provoqué d’importantes répercussions humaines marquées par dix décès, la perte de maisons, l’angoisse des sinistrés et la mobilisation sans précédent des services d’urgence. Mais malgré l’ampleur de la catastrophe, la solidarité et la résilience des communautés ont permis d’éviter un bilan humain encore plus lourd.


Des milliers de personnes ont dû quitter précipitamment leur maison, vivant un stress traumatique. Beaucoup craignaient de perdre leurs biens ou d’être blessées. Dans les centres d’hébergement créés en toute hâte, tristesse et anxiété régnaient : impossible pour eux de savoir quand ils pourraient revenir ni ce qu’ils trouveraient à leur retour…


J’ai vu le déluge

Production du Musée du Fjord, 2006

(18:08 minutes)


Juillet noir

Production du Musée du Fjord, 1997

(22:34 minutes)

Au secours des sinistrés

Lors du déluge du Saguenay de 1996, la Croix‑Rouge a déployé la plus importante intervention de son histoire au Québec, répondant à la demande des autorités locales et du gouvernement. En réponse aux inondations soudaines, près de 19 000 personnes ont reçu son aide, soutenues par plus de 1 700 bénévoles mobilisés en toute hâte.

Dans un contexte marqué par l’angoisse, l’incertitude et la perte de milliers de maisons, l’organisme a offert un hébergement, de la nourriture, des vêtements et un soutien émotionnel aux sinistrés. Son intervention a aussi suscité un vaste élan de solidarité à travers le pays, rappelant aux victimes qu’elles n’étaient pas seules dans cette terrible épreuve.





Une levée de fonds de près de 30 millions de dollars

Après le déluge du Saguenay de 1996, une vaste levée de fonds a été organisée pour venir en aide aux milliers de sinistrés. La Croix‑Rouge canadienne a rapidement créé un fonds spécial de solidarité, mobilisant des dons provenant de partout au pays. En seulement quelques mois, plus de 27,5 millions de dollars avaient été réunis, un montant qui atteindra finalement 29,2 millions pour soutenir les familles touchées. Cet élan de générosité a permis d’offrir un appui financier essentiel, notamment pour les besoins de base, l’hébergement et la reconstruction, démontrant la solidarité remarquable des citoyens envers la région éprouvée.

« Mgr Couture, évêque de Chicoutimi, préside le fonds spécial Le don de la solidarité, géré par un conseil d’administration formé de victimes du sinistre et de représentants des pouvoirs publics. L’objectif est d’amasser deux millions de dollars pour les sinistrés du déluge. On en récoltera vingt-neuf! »

Malgré tout, la solidarité a joué un rôle important. Les bénévoles, les voisins et même des gens d'autres régions sont venus aider, ce qui a apporté du réconfort et un sentiment de sécurité à ceux qui venaient de tout perdre.



Un mégaspectacle intitulé De concert avec le Saguenay a été présenté le 25 août 1996 au Centre Molson (aujourd’hui le Centre Bell). De nombreux artistes québécois y ont participé pour amasser des dons pour le fonds des sinistrés. L’événement a été diffusé simultanément sur cinq réseaux : Radio‑Canada, TVA, TQS, Télé‑Québec et TV5.

La base de Bagotville à la rescousse

La base militaire de Bagotville a joué un rôle essentiel lors du déluge. Dès les premières heures, les équipes de recherche et de sauvetage ont été envoyées pour aider les personnes prises au piège par les inondations. Les militaires ont effectué environ 750 missions de sauvetage en hélicoptère, allant secourir des familles isolées un peu partout dans la région. La base est ensuite devenue un immense centre d’accueil : plus de 3 000 sinistrés s’y sont réfugiés. Grâce à leur organisation et à leur rapidité, les équipes de Bagotville ont grandement aidé la population à traverser cette catastrophe.

Quand les eaux emportent des vies

Le déluge du Saguenay de juillet 1996 a profondément marqué la population, notamment en raison des dix décès qu’il a causés. Parmi ces victimes, on compte deux enfants à La Baie, à Saguenay, et cinq automobilistes sur la Côte‑Nord, emportés par la violence des eaux et l’effondrement soudain de routes et d’infrastructures. Ces pertes humaines rappellent l’intensité exceptionnelle de la catastrophe qui a frappé en quelques heures des quartiers entiers. Pour les familles touchées, ces décès ont laissé des traces indélébiles et ont contribué à faire du déluge l’un des événements les plus tragiques de l’histoire récente du Québec.

Impacts environnementaux

Des milieux aquatiques qui s’en tirent bien malgré tout...

 Les pluies diluviennes de juillet 1996 ont provoqué au Saguenay une crue d’une rare intensité. Plusieurs cours d’eau ont débordé et certains ont même quitté leur lit.
En plus d’occasionner des dommages matériels considérables, cet événement dévastateur a entraîné des répercussions négatives sur le milieu marin et les habitats d’eau douce. Mais l’impact environnemental aurait pu être bien pire…

Pollution diluée = problèmes évités

Durant les inondations, les eaux ont transporté d’innombrables débris de toutes sortes, mais aussi des produits chimiques, dont certains étaient probablement toxiques. Mais les débits d’eau étaient tellement importants que ces polluants ont été complètement dilués dans le milieu. Deux mois après les inondations, des scientifiques en océanographie ont sondé la rivière Saguenay et n’ont pas trouvé la moindre trace de polluants.

Cette sculpture emportée par le déluge de 1996 a été retrouvée par madame Renée Déraspe à Fatima, aux Îles-de-la-Madeleine. Heureusement, une inscription au dos nommait Vincent Mercure comme sculpteur et la ville de La Baie comme lieu d’origine. Ainsi, après avoir vogué sur les eaux du fjord et du fleuve, la sculpture du Baieriverain a pu rentrer chez elle au mois de novembre de la même année. La famille de ce dernier trouvait important de donner l’œuvre au Musée du Fjord afin que l’héritage de leur père et l’histoire de ce voyage hors du commun perdurent.

Sculpture sur bois, Vincent Mercure (1923-1982)

1979, Don de Lyne Mercure

Collection du Musée du Fjord

Des rivières nettoyées par les crues

Les inondations de juillet 1996 ont eu des effets bénéfiques sur plusieurs cours d’eau. Certaines rivières avaient même besoin d’être purgées.


Pendant plus d’un siècle, la plupart des rivières du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont servi au flottage du bois, la drave. La rivière aux Sables, à Jonquière, en faisait partie. Durant toutes ces années, des quantités astronomiques de billes de bois et d’écorce se sont accumulées au fond de cette rivière, ce qui causait une certaine pollution. Lors des inondations, le débit de la rivière aux Sables était quinze fois plus élevé qu’en temps normal. Grâce à cette force de l’eau, le fond de la rivière aux Sables a été complètement nettoyé, et le bois qui jonchait le fond s’est subitement retrouvé sur les berges. Ce sont donc plus de 5 000 cordes de bois qui ont été récupérées, sans compter les 5 000 voyages de camions remplis d’écorce.

De nouveaux sédiments… qui enfouissent les anciens pollués

En temps normal, il se dépose sur les fonds de la baie des Ha! Ha! environ trois millimètres de sédiments par année. En juillet 1996, en quelques jours, il s’en est déposé de 10 à 40 centimètres, selon les endroits, soit l’équivalent de 75 à 150 années de sédimentation! Au total, ce sont plus de 9 000 000 de tonnes de sédiments qui ont été charriés lors des inondations. Cela représente cent ans de sédimentation en quelques jours!

L’effet positif de ces sédiments est qu’ils se sont déposés sur d’autres vieux sédiments contaminés et accumulés durant les décennies 50, 60 et 70 en raison des alumineries et des papetières. Quelques années plus tard, soit 2002, des études ont conclu que la nouvelle couche de sédiments est stable et joue toujours son rôle de barrière physique et géochimique.

Les invertébrés enterrés se réinstallent

Les tonnes de sédiments déposés au fond de la baie des Ha! Ha! et de la rivière Saguenay ont rapidement enseveli le benthos, un ensemble d’organismes vivant dans les fonds marins et servant de nourriture à certaines espèces de poissons. Heureusement, l’ensevelissement a été de courte durée, puisque le benthos possède une bonne capacité de recolonisation. Les organismes qui le composent ont donc remonté rapidement à la surface des sédiments.


Des études menées sur plusieurs années ont démontré une recolonisation des sédiments par les annélides polychètes.

Concernant les autres espèces vivant dans les fonds marins, comme le crabe des neiges et la crevette nordique, elles ont évité l’ensevelissement en raison de leur grande mobilité. 

Les poissons en première ligne

La crue exceptionnelle de la rivière à Mars a durement touché les populations de jeunes poissons. Les forts courants ont emporté de nombreux saumoneaux, tandis que les sédiments ont enseveli les larves d’insectes, réduisant une importante source de nourriture. Ils ont aussi ensablé les frayères, compromettant le développement des œufs. Aujourd’hui, la rivière a retrouvé ses fosses grâce à divers travaux d’aménagement. Les inondations ont détruit la passe migratoire, mais cette dernière a été reconstruite depuis. L’érosion des berges a entraîné la perte d’une végétation essentielle à l’habitat des poissons. La rupture d’une digue du réservoir Ha! Ha! a presque entièrement vidé les lacs, provoquant une forte baisse de plusieurs espèces et de leurs ressources alimentaires.[MC1] [GS2] 

Les inondations ont également détruit la passe migratoire à saumons. Elle a été reconstruite au coût de 1 390 000 dollars.


Les forts débits des cours d’eau ont provoqué l’érosion des berges, c’est-à-dire la disparition d’arbres et d’arbustes en bordure des rivières. Cette végétation fait partie de l’habitat des poissons, puisqu’elle sert de refuge, d’ombrage et de nourriture.

Sous la force des eaux, une digue située sur le réservoir Ha! Ha! a complètement cédé. Toute l’eau du lac a dévalé vers la rivière Saguenay en empruntant la rivière Ha! Ha!. Ce sont 15 000 000 de mètres cubes d’eau des 23 000 000 mètres cubes du réservoir Ha! Ha! qui ont passé dans la rivière. Résultat : les grand et petit lacs Ha! Ha! se sont presque complètement vidés.

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