Des populations de saumons affectées
Le fort débit d'eau dans la Rivière-à-Mars a entraîné une diminution de la population de saumoneaux, puisqu'ils ne pouvaient pas résister aux forts courants. Les saumons adultes ont, quant à eux, mieux supporté la crue. Les inondations ont également détruit la passe migratoire à saumons. Elle a été reconstruite au coût de 1 390 000 dollars.

La passe migratoire
de la rivière à Mars
La passe migratoire
de la rivière à Mars
Photo : Ministère de l'Environnement
et de la Faune

La passe migratoire
de la rivière à MarsPhoto : Jeannot Lévesque

La rivière Chicoutimi
Les pluies diluviennes de juillet 1996 ont occasionné au Saguenay une crue des eaux d'une rare intensité. Plusieurs cours d'eau ont débordé et certains ont même quitté leur lit, causant des inondations en faisant grimper le débit de plusieurs rivières jusqu'à des niveaux jamais enregistrés auparavant.

En plus d'occasionner des dommages matériels considérables, ces événements ont eu certains effets négatifs sur le milieu marin et sur les habitats d'eau douce. Mais l'impact environnemental des crues de juillet 1996 est probablement l'aspect qui a été le plus difficile à évaluer, à mesurer et à quantifier.

Durant les inondations, les eaux ont transporté d'innombrables débris, mais aussi des produits chimiques dont certains étaient probablement toxiques : bombonnes de propane, mazout, citernes d'essence d'une station-service, BPC, huiles de transformateurs électriques et lexivia de sites d'enfouissement sanitaire. Ces produits nocifs pour l'environnement se sont surtout déversés dans la baie des Ha! Ha! et dans le fjord du Saguenay, mais les débits d'eau étaient tellement importants que ces polluants ont été complètement dilués. Deux mois après les inondations, des scientifiques en océanographie ont sondé la rivière Saguenay sans trouver la moindre trace de polluants.


Les inondations de juillet 1996 ont eu des effets bénéfiques sur certains cours d'eau qui avaient besoin d'être purgés.

Pendant plus d'un siècle, la plupart des rivières du Saguenay—Lac-Saint-Jean ont servi au flottage du bois, la drave. La Rivière-aux-Sables de l'arrondissement Jonquière en faisait partie. Durant toutes ces années, des quantités astronomiques de billes de bois et d'écorces se sont accumulées au fond de cette rivière, ce qui causait une certaine pollution. Lors des inondations, le débit de la Rivière-aux-Sables était quinze fois plus élevé qu'en temps normal. Grâce à la force de l'eau, le fond de cette rivière a été complètement nettoyé et le bois qui jonchait le fond s'est subitement retrouvé sur les berges. C'est donc plus de 5 000 cordes de bois qui ont été récupérées, sans compter les 5 000 voyages de camions remplis d'écorces.



En temps normal, il se dépose sur les fonds de la baie des Ha! Ha! de 0,1 à 1 centimètre de sédiments par année. Au mois de juillet 1996, en quelques jours, il s'en est déposé de 10 à 50 centimètres selon les endroits, soit l'équivalent de 75 à 150 années de sédimentation! Au total, c'est plus de 9 millions de mètres cubes de sédiments qui ont été charriés lors des inondations.

Station Profondeur (m) Épaisseur de
sédiments (cm)
Sag-34 14 5 - 10
Sag-05 65 5 - 10
Baie des Ha! Ha! 150 ~ 30
Sag-15 210 5 - 10
Sag-30 270 < 0,5
Sag-36 234 < 0,5
Photo : Institut Maurice Lamontagne




Les tonnes de sédiments déposées au fond de la baie des Ha! Ha! et de la rivière Saguenay ont rapidement enseveli le benthos, ensemble d'organismes qui vit dans les fonds marins et qui sert de nourriture à certaines espèces de poissons. Heureusement, l'ensevelissement a été de courte durée, puisque le benthos possède une bonne capacité de recolonisation. Ces organismes ont donc remonté rapidement à la surface des sédiments. Concernant les autres espèces vivant dans les fonds marins comme le crabe des neiges et la crevette nordique, elles ont pu éviter d'être ensevelies en raison de leur grande mobilité. L'impact positif de ces sédiments est qu'ils se sont déposés sur d'autres vieux sédiments contaminés qui s'étaient accumulés durant les décennies 50, 60 et 70 à cause des alumineries et des papeteries.

Les sédiments qui se sont déposés au fond des rivières ont provoqué l'ensablement de frayères du saumon atlantique. Les sédiments colmataient les nids et empêchaient le développement des œufs des poissons. Aussi, les sédiments ont enseveli les larves d'insectes, principale source de nourriture du saumon atlantique.

Les sédiments qui se sont déposés au fond de la Rivière-à-Mars ont enseveli plusieurs fosses à saumons. Avant les inondations de juillet 1996, on comptait une quarantaine de fosses. Quelques jours après les événements, il n'en restait que 25. Aujourd'hui, la rivière a retrouvé ses fosses grâce aux travaux d'aménagement entrepris par la Fondation de la faune du Québec.

Les forts débits des cours d'eau ont provoqué l'érosion des berges, entraînant la disparition d'arbres et d'arbustes en bordure des rivières et privant les poissons de refuges, d'ombrage et de nourriture.



Sous l'impact de la crue des eaux, une digue située sur le lac/réservoir Ha! Ha! a complètement cédé. Toute l'eau a emprunté la rivière Ha! Ha! et a dévalé vers la rivière Saguenay. Ce sont 15 millions de mètres cubes d'eau des 23 millions de mètres cubes du lac/réservoir Ha! Ha! qui ont passé dans la rivière. Résultat : le grand et le petit lac Ha! Ha! se sont presque complètement vidés. Cet écoulement d'eau massif a entraîné des baisses importantes de certaines populations de poissons, notamment l'omble de fontaine, l'omble chevalier et le meunier noir. Il a également causé une diminution significative de la quantité de nourriture pour les poissons qui ont survécu.